4 principes pour une frappe puissante

S’il est courant d’apprendre à utiliser toute sa force dans une frappe en boxe ou en jujutsu, l’utilisation correcte des muscles dans les frappes aux armes n’est pas toujours abordée.

Rien de plus simple que de couper avec un sabre me diriez-vous ? La performance d’une arme dépend bien sûr de sa qualité : une lance plus longue ou un tranchant plus aiguisé devraient rendre n’importe qui plus efficace. Mais que devient cet avantage quand l’ennemi est également armé, ou si l’outil fait défaut et doit laisser place à l’improvisation ? Alors la moindre avance sur le plan technique ou corporel peut décider de l’issue du combat.
Si les outils d’antan ont aujourd’hui été remplacés par les armes à feu, il est normal que le savoir-faire lié à leur utilisation ait disparu avec elles. S’il est évident que la technique reste importante pour obtenir les meilleurs résultats avec un fusil, l’entraînement physique est quant à lui bien moins rigoureux.

S’il n’y avait quelques écoles traditionnelles (Koryu) se battant pour conserver ces anciennes formes de combat, beaucoup de techniques seraient perdues aujourd’hui. Mais ces connaissances permettant aux Koryu d’exceller avec leur arsenal de prédilection ne dépassent pas souvent les murs de leurs dojos, et ne sont donc jamais appliquées à d’autres armes.
Cet article essaye de rassembler quelques principes applicables pour tous types d’outils et servir de guide pour obtenir plus de puissances de vos attaques.

1) Les muscles au profit de la technique

La première étape pour entraîner ses muscles et améliorer sa technique est de comprendre quels muscles sont les plus efficaces pour chaque partie d’une attaque.

Monter en poussant vers l’avant

Prenons l’exemple d’une coupe, shomen uchi, au sabre :

Morihei Ueshiba en garde haute

Pour monter les bras au-dessus de la tête, un débutant tirera surement l’arme vers le haut avec ses épaules.  Mais si la main qui est en bas qui pousse le sabre vers l’avant et vers le haut, alors le levier ainsi créé permet à l’arme de monter bien plus efficacement.  Les quelques secondes qui peuvent être ainsi gagnées sont un avantage crucial en combat.

En Aïkido, cette méthode n’est pas seulement utilisée pour la pratique au sabre, mais aussi en jujutsu pour projeter un partenaire.

Ueshiba utilisant le même principe sur Shiho Nage

Pousser l’arme vers le bas

Quand vous frappez ou coupez, il est important d’empêcher votre corps de ralentir la coupe. Les débutants auront souvent une coupe qui est plus lente que la chute libre de leur arme s’ils l’avaient simplement lâchée.

En forçant avec leurs bras et leurs épaules pour ne pas dépasser le point final de la coupe, les pratiquants moins expérimentés retiennent finalement l’attaque. L’erreur est ici de frapper en déplaçant l’arme plutôt qu’en accélérant simplement sa chute. Une fois ce principe intégré, il est possible de s’entraîner musculairement dans la bonne direction, et les muscles utilisés ne sont pas les mêmes !

Cette partie technique est une partie importante de l’entrainement dans plusieurs écoles où l’accent est mis sur la modification de l’utilisation du corps.[1]

La méthode diffère selon le type d’outil

https://youtu.be/CO5sTOcWH_U

Lorsque vous maniez une hache, vous devez écarter vos mains sur le manche et les rapprocher dans votre mouvement de coupe pour accélérer la lame. Si ce principe est inutile pour un sabre dont la poignée est limitée, il peut être appliqué lors d’une frappe avec un jo, un bâton ou une lance.

Chaque outil possède ses caractéristiques propres. Pour manier une faux par exemple, le mouvement doit être un balancier régulier à hauteur fixe. Le talon de l’outil rase le sol et ne doit pas faire des montagnes russes. Sa coupe se fait en une seule fois et sa longueur dicte l’avancement de l’utilisateur. Pour une scie au contraire, le mouvement d’avant en arrière doit être répété. Pour être efficace, l’artisan doit garder une pression et peut tout à fait pencher la scie pendant la coupe.

De la même manière, chaque arme a son maniement propre qu’il faut respecter quitte à mettre le Riai de côté.[2]

2) Utiliser le poids du corps

Une autre façon d’ajouter de la puissance à vos frappes est d’y ajouter le poids de votre corps. De la même manière qu’en boxe, vos coups ne peuvent êtres que plus efficaces si votre masse se déplace dans la même direction.

Vous pouvez accomplir cela en vous laissant « tomber » en avant et en vous rattrapant avec votre arme… sur votre adversaire.

Cette technique, similaire au « Falling step » rendu populaire par le boxeur Jack Dempsey, donnera par exemple une grande force de pénétration à votre jo, ou votre lance.

Le « Falling step » de Jack Dempsey

Une autre application de ce principe serait d’utiliser la chute de votre corps en pliant rapidement aux genoux et aux hanches pendant la coupe. La lame étant ainsi accélérée au moment de l’impact.

Prudence cependant, si descendre ses appuis pendant la coupe est louable, cela peut perturber l’angle de votre coupe si elle est en diagonale (kesagiri).

3) Pivoter et vriller le corps.

Ajouter une rotation à votre attaque permet également d’en augmenter la force. Pivoter avec les hanches permet non seulement d’accélérer la vitesse de la frappe, mais aussi d’allonger sa portée et de faire contribuer plus de muscles au mouvement.

Cette accélération peut provenir d’un pivot au niveau des pieds ou d’une vrille au niveau des hanches et du torse. Dans les deux cas, il faut alors être conscient de son équilibre et ne pas laisser la rotation vous rendre instable pendant la confrontation.

Le mouvement des hanches doit être délibéré et contrôlé pour ne pas dépenser de l’énergie dans le vide ou vous emporter dans une position de faiblesse. En Aïkido, le pas engendré par la rotation a pour but de rétablir une position stable et avantageuse. Mais attention, ce pas ne peut pas être fait n’importe quand, ce qui nous amène au dernier point…

4) Le timing et la coordination

La vitesse est maximale au point d’impact.

Qu’il s’agisse du pas après le « Falling step » ou de la conclusion du pivot des hanches, le pied ne doit pas encore avoir atterri au moment de l’impact, sans quoi le poids est transféré au sol plutôt que vers l’adversaire. Si vous ratez votre cible, vous devriez entendre le bruit de votre talon heurtant le sol à pleine vitesse.

La respiration accompagne la frappe.

En général, vous devriez inspirer en armant et expirer au moment de l’attaque. Cette coordination permet d’installer un rythme et à être endurant si le combat est plus long.

Pour certains exercices, vous pouvez également vous charger d’air et bloquer votre respiration en grossissant votre ventre pour vous préparer à une attaque puissante. Cette technique, parfois appelée manœuvre de Valsalva en musculation, permet de rigidifier le corps et de mieux transmettre la force des jambes vers les bras. La musculation peut d’ailleurs développer grandement la capacité pulmonaire des athlètes pour ce type de gainage.[3]

On trouve un exemple de cette pratique en Aïkido avec le 3e suburi du ken, où le pratiquant doit « retenir » sa respiration, jusqu’au moment de la coupe.

Une attaque puissante est une attaque qui atteint sa cible

Pour conclure ce petit article, il est important de rappeler qu’ajouter de la force à vos frappes ne doit pas nécessairement être la priorité dans votre entraînement. Toute la puissance du monde est inutile si le coup rate sa cible et vous place dans une situation plus précaire qu’une coupe plus légère ou une simple pique.

Utagawa Kuniyoshi 1848

Pour être plus efficace, il vous faudra donc aussi de la précision, pour ne pas rater l’ennemi ou son point faible, qu’il s’agisse d’un défaut dans son armure ou d’une sensibilité naturelle du corps humain. Un aspect que nous aborderons certainement une autre fois !

 

[1]  La modification de l’utilisation du corps est un concept abordé en détail par Leo Tamaki sur son blog, où il parle d’ailleurs de la technique de Kuroda Tetsuzan. Une étude a également démontré que les muscles de son dos utilisés dans la coupe étaient différents de ceux de ses élèves moins avancés.

[2] Voir l’article « Tout ne passe pas sur tout ».

[3] Il a été observé dans une étude par BROWN et coll. (2013) que les powerlifters ont une plus grande force respiratoire que les sujets du groupe témoin. L’inspiration globale était 22% plus élevée et l’expiratoire était de 16% plus élevée. En ce qui concerne l’épaisseur du diaphragme, il a été observé que celle des powerlifters était 27% plus élevée que dans le groupe témoin. Dans une autre étude (DE PALO et coll. 2004), des sujets sédentaires ont exécuté un programme d’entraînement de force pendant 15 semaines, et ont obtenu des améliorations de 12% dans l’inspiration, et de 13% dans l’expiration, ainsi qu’une augmentation de l’épaisseur de diaphragme de 11%.

 

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